Laurine AVICE, 2024
Acrylique sur bois
Dimensions : 110 × 74 cm
Collection particulière
Sous un vaste drapé rouge, Yoann apparaît revêtu des attributs de la souveraineté française. À ses côtés, Élodie, assise et couronnée, partage la scène dans une composition solennelle inspirée du grand portrait d'apparat.
L'œuvre puise dans les portraits officiels de Louis XIV et Louis XV, mais aussi dans l'imagerie impériale de Napoléon. Elle reprend les codes du pouvoir : pose hiératique, colonne, draperie, sceptre, épée, couronnes et manteau fleurdelisé.
Le rideau rouge ouvre la composition comme une scène de théâtre. Il sépare le monde ordinaire de l'espace cérémoniel. La colonne, à l'arrière-plan, renforce l'idée de stabilité, de force et de permanence.
Debout, le roi forme l'axe principal du tableau. La reine, assise à ses côtés, équilibre la composition. La main posée sur son épaule relie les deux figures et introduit, au cœur du cérémonial, une dimension plus intime.
Le manteau bleu semé de fleurs de lys reprend le costume de sacre des rois de France. Sa doublure d'hermine blanche, ponctuée de noir, évoque la dignité souveraine et le caractère exceptionnel de celui qui le porte.
Déployé sur le sol, le manteau agrandit la silhouette du roi et transforme son corps en monument. L'hermine, les fleurs de lys et l'ampleur du vêtement ne relèvent pas de la mode : ils rendent visible la fonction royale.
Le sceptre est inspiré de celui utilisé par Napoléon lors de son sacre. Son pommeau représente Charlemagne assis sur son trône, rappelant la continuité entre les souverains et leur volonté d'inscrire leur pouvoir dans une histoire prestigieuse.
Le sceptre ne représente pas seulement le commandement. Par la figure de Charlemagne, il évoque la mémoire, la filiation et la légitimité. Le roi se présente ainsi comme l'héritier symbolique d'une tradition plus ancienne que lui.
Le collier évoque l'ordre du Saint-Esprit, l'un des plus prestigieux ordres de chevalerie de la monarchie française. Sa grande croix blanche, proche de la croix de Malte, est traditionnellement associée aux fleurs de lys et à la colombe.
Le roi porte une épée dans un fourreau richement orné de pierres précieuses. L'arme reste rangée : elle n'évoque pas le combat, mais une puissance maîtrisée, disponible pour défendre, juger et commander.
La couronne du roi repose sur une table fleurdelisée. Dans le portrait d'apparat, elle n'a pas besoin d'être portée pour affirmer la souveraineté : sa seule présence suffit à désigner la fonction royale.
Déposer la couronne permet de conserver le visage entièrement visible et d'éviter qu'elle ne domine le portrait. Le spectateur voit l'homme autant que le souverain. L'autorité paraît alors possédée avec assurance, plutôt qu'exhibée.
Élodie porte au contraire sa couronne. Ce choix affirme clairement son rang et crée un second point de majesté dans l'image. Elle n'est pas un simple accompagnement : sa présence participe pleinement à l'équilibre symbolique du tableau.
Les portraits royaux représentaient souvent le souverain seul, tandis que la reine faisait l'objet d'un portrait séparé. Les réunir dans une même composition transforme ici le portrait de pouvoir en portrait d'alliance.
La reine regarde directement le spectateur, au premier plan. La proximité des deux figures et le geste du roi sur son épaule suggèrent une lecture contemporaine : celle d'une autorité fondée sur le couple et d'un destin partagé.
Les longs gants blancs prolongent les lignes de la robe et soulignent la retenue de la reine. Ses mains réunies ne portent aucun attribut de commandement : son autorité s'exprime par la présence, la dignité et la maîtrise.
Sur le drapé est brodée la devise lyonnaise :
VIRTUTE DUCE, COMITE FORTUNA« La vertu pour guide, la fortune pour compagne. »
La formule associe le mérite personnel à la chance favorable. Inscrite au-dessus du couple, elle ancre l'œuvre dans la ville de Lyon et propose une lecture morale : la fortune n'a de valeur que lorsqu'elle est guidée par la vertu.
Dans le contexte du portrait, la devise prend aussi un sens conjugal. Elle évoque deux êtres avançant ensemble, guidés par leurs valeurs et accompagnés par la fortune — ou, plus simplement, l'un par l'autre.
À travers Louis XIV, Louis XV, Charlemagne et Napoléon, l'œuvre traverse plusieurs siècles d'imaginaire du pouvoir. Mais son sujet demeure personnel : sous les couronnes et les manteaux, elle célèbre avant tout Élodie et Yoann.
Monumental dans sa forme, le tableau reste intime dans son intention. Il emprunte aux souverains leur solennité, mais remplace la célébration d'une dynastie par celle d'un lien : celui d'un couple élevé, le temps d'un portrait, au rang de légende.